Le Kyudo en quelques mots

Définir le kyudo reste une tâche ardue tant sa complexité et sa profondeur amènent chacun, au fil des années de pratique, à voir sa propre définition évoluer avec sa relation à cet art. Trois valeurs sont cependant toujours présentes comme socle du kyudo : la beauté, la vérité et la vertu. Aujourd’hui, au travers de cette pratique très rigoureuse, simple et précise, qui consiste à ouvrir un arc et à lâcher une flèche, l’entraînement au kyudo est généralement choisi comme une voie de développement physique, moral et spirituel.

Le kyudo, ou la voie de l’arc, reste ancré dans une longue tradition japonaise. Dans le passé, l’arc était utilisé de façon variée, tant pour la chasse ou la guerre que pour des jeux d’adresse, des rituels ou des cérémonies religieuses.

Il convient de distinguer dès le départ deux formes de kyudo pratiquées aujourd’hui.

La première est probablement celle que découvrent nombre d’étudiants japonais durant leur scolarité. Ce kyudo demeure une pratique de base qui s’est volontairement tournée vers l’adresse et la compétition.

La seconde est un kyudo pratiqué dans l’esprit des écoles traditionnelles. Il repose avant tout sur le développement de la personne et sur des valeurs propres à toutes les écoles et aux arts martiaux. C’est cette forme de kyudo que nous avons choisi de pratiquer. Aujourd’hui, c’est plutôt la recherche d’une certaine harmonie qui en fait un art.

La voie de l’arc est unique dans son approche de la vie. Bien qu’elle ait certaines similitudes ou équivalences avec la voie du sabre, le symbolisme qu’elle véhicule, dans les éléments qu’elle met en jeu et dans sa gestuelle à la fois pure et dépouillée, est omniprésent.

Au fil des années de pratique, on découvre une manière métaphorique d’ouvrir une fenêtre sur l’harmonie universelle. Loin d’être une pratique solitaire, la voie de l’arc est un art qui se vit en groupe. Le sharei (forme de tir), dans ses différentes expressions, en est une émanation où chacun trouve sa juste place parmi les autres. Bien que le tir s’effectue individuellement face à une cible, c’est aussi l’harmonie collective qui est recherchée dans le sharei, où plusieurs archers participent à un enchaînement rigoureusement coordonné. Le respect, l’harmonie, l’humilité et la courtoisie en sont les principales valeurs.

La cible n’est pas recherchée comme le but de la flèche, mais comme la conséquence d’un tir équilibré, énergique et puissant. Le tir « vrai » peut être assimilé à un état où le tireur ne fait qu’un avec l’arc, la flèche et la cible, ce qui demande des années de pratique. C’est pourquoi le kyudo est un art : il permet un travail personnel en profondeur, que chacun réalise à son rythme tout en restant attentif et en relation avec les tireurs qui l’entourent.

Le kyudo peut nous amener à trouver l’équilibre en révélant progressivement notre vraie nature. Il nous conduit à transformer notre caractère en conséquence. Chaque pratiquant est amené à mieux se comprendre, ainsi que son environnement, par l’observation de ses émotions, de ses attitudes et de ses sentiments que le tir fait émerger. Se contenter de chercher à atteindre la cible serait, avec le temps, dénué d’intérêt si celle-ci ne devenait pas, dans la pratique du kyudo, le miroir de la personnalité de chacun. Elle devient ainsi un outil pour découvrir son moi profond et sa relation au Soi, tout en gardant à l’esprit que cela reste relatif à une convention universelle conditionnée.

La pratique du kyudo pourrait donc se résumer à tirer, encore et encore, pour toujours mieux faire, même lorsque le coup paraît juste : il peut toujours s’améliorer. Cette pratique va bien au-delà d’une simple maîtrise technique, pourtant indispensable au débutant. « Tirer avec la technique améliore le tir, tirer avec l’esprit améliore l’homme. »

De nombreux symboles liés à la philosophie japonaise et à son influence, profondément spirituelle et énergétique, imprègnent l’arc, les flèches et la pratique du kyudo dans son ensemble. Les mouvements qui composent le tir sont souvent comparés à la maturation d’un fruit, qui ne tombe que lorsqu’il est mûr.

L’arc de kyudo est le seul arc asymétrique : la poignée se situe approximativement au tiers de sa longueur. C’est aussi le plus long, mesurant généralement 2,21 m ou 2,27 m, voire davantage selon la taille du tireur.

La longueur des flèches dépend également de la taille du pratiquant : elle correspond à une demi-envergure plus 5 cm.

Le tir s’effectue à l’aide d’un gant, généralement à trois doigts, qui permet de tirer la corde sans crispation du poignet.

Il peut se pratiquer à bout portant ou sur cible à 28 mètres. Dans ce cas, le tir se réalise successivement avec deux flèches.

On parle souvent de la voie de l’arc, mais il est important de rappeler que c’est tout le squelette du tireur qui est mobilisé dans chaque tir, l’arc devenant peu à peu une extension de lui-même. En conséquence, l’arc doit être adapté à la force du pratiquant. Il n’y a pas d’âge pour commencer le kyudo, mais il est important d’envisager une pratique sur le long terme afin d’en apprécier les bienfaits.

D’un abord simple, l’art du kyudo ne se révèle pas facilement. Ce n’est qu’avec l’expérience de longues séances et d’une pratique régulière que se dévoile peu à peu l’étendue des connaissances à acquérir et la somme du travail nécessaire pour en approcher ne serait-ce que certains aspects. Une vie entière consacrée à cet art ne suffirait pas à en embrasser toute la richesse.

P. B.