La voie de l’arc

Il est certainement délicat de faire le choix d’une voie au milieu de l’innombrable assortiment qui nous est proposé aujourd’hui. Trouver sa voie, c’est s’engager dans une recherche tout au long de sa vie.

Choisir le yoga ou la voie du thé (shadō), plutôt que celle du sabre (iaidō) ou celle de l’arc (kyūdō), est pour certains une question qui ne se pose pas : c’est cette voie qui les a conquis. En revanche, pour d’autres, les choses ne sont pas si simples. Si, après quelques tâtonnements ou hésitations, ils font un choix qu’ils estiment être le bon, ils s’interrogent parfois longtemps pour savoir si c’est vraiment la voie qu’ils suivent qui leur convient. Pour d’autres encore, le simple fait de se poser cette question les amène à chercher continuellement ailleurs et, toujours déçus, ils ne trouvent jamais.

La voie de l’arc, pourquoi ? Que peut donc cacher cette discipline ?

Lorsqu’on assiste pour la première fois à une démonstration de kyūdō, si l’on n’est pas surpris par la beauté des mouvements du tir et le caractère majestueux de la prestation — cérémonie ou spectacle formel selon les cas —, on peut y chercher autre chose. On constate généralement un grand silence de la part des spectateurs pendant ces démonstrations, tous captivés par le spectacle. Il y a donc bien plus qu’une prouesse technique ou physique. Bien qu’il soit question d’un arc et de flèches, on perçoit vite que la cible n’est pas le but, mais seulement un prétexte. C’est le premier pas à franchir.

Avec cet arc immense et asymétrique, réalisation unique tenue dans une main, beau dans sa forme, simple d’utilisation et pourtant très difficile à maîtriser — ce qui en fait un objet d’attention permanent pendant des années avant d’acquérir une certaine aisance à son égard —, nous sommes face à un défi. C’est ce défi qui nous engage. Pour rendre cet outil utile, il faut dans l’autre main un gant, qui permet de saisir la corde, et deux flèches pour que le tir soit complet.

C’est entre ces deux accessoires que se construit tout le travail du kyūdōjin. C’est une longue, une très longue adaptation, une remise en question, une attention à soi et aux effets produits, qui commence avec les premières séances. Les différentes phases du tir sont facilement acquises — elles tiennent sur les doigts de la main et ne demandent que quelques mois de pratique pour être enchaînées —, mais comprendre leur enchaînement, les relations entre ces étapes, les réaliser de façon juste et parvenir à leur essence, la plus simple expression de ces mouvements, impose rapidement un travail d’épuration interne colossal qui ne s’achève jamais…

C’est ce travail intérieur qui fait du kyūdō une voie remarquable de simplicité, de justesse, d’adaptation et d’attention. C’est aussi ce travail qui permet d’utiliser, de manière transversale, les fruits de cette recherche dans les différents domaines de la vie quotidienne.

Par tous ses aspects techniques, qu’ils soient matériels — centrés sur les flèches et leur préparation, sur la corde et son fameux nakashikake — ou physiques, liés plus précisément au corps du tireur, le kyūdō est aussi la voie de la précision. Chaque détail a son importance, chaque tension compte car elle influence le tir, chaque instant est un présent unique, chaque flèche tirée est différente.

Dans un dôjô de kyūdō, ce sont généralement le calme et l’attention qui règnent. Certes, la sécurité impose une vigilance particulière, mais chacun développe une attention à soi, tournée vers l’intérieur, pour un ajustement au contexte, à l’instant et aux autres. Cette atmosphère encourage une recherche permanente des détails, que ce soit pour dominer un réflexe, corriger un déséquilibre ou une tension, parfaire une gestuelle ou tenter de maîtriser la complexité.

Le kyūdō est aussi appelé le « zen debout ». Lorsqu’on pratique à plusieurs, il faut être attentif à soi, bien sûr, mais aussi aux autres, avec qui l’on participe à un ensemble collectif où chacun a une partition à jouer au moment juste. Cette attention ouverte à l’instant présent est, me semble-t-il, un paramètre fondamental de cet art, et c’est dans cet esprit qu’il est défini comme un « zen debout ». Tout au long du cheminement sur cette voie, chacun découvre, au hasard de sa recherche, une multitude de symboles, de métaphores et d’éléments qui ne prennent véritablement sens qu’au moment précis de son évolution, lorsqu’ils deviennent un appui permettant de continuer et de progresser.

La pratique régulière, par la répétition inlassable d’une gestuelle non pas reproduite mécaniquement, mais vécue chaque fois comme la meilleure, peut être assimilée, à l’opposé d’un entraînement compétitif, à une forme de méditation. Celle-ci façonne peu à peu l’âme, favorisant l’humilité en l’épurant d’un ego qui, autrement, la limiterait de manière progressivement insupportable.

En conséquence, l’engagement sur une voie, quelle qu’elle soit, réclame un investissement sans réserve et pour une durée sans limite. C’est seulement à cette condition que la voie de l’arc peut offrir ce que l’on vient y chercher — et bien plus encore, très certainement. Ce n’est pas le but fixé qui importe, mais le cheminement lui-même, qui nous pousse à évoluer à travers un processus constant.

P. B.