Témoignage d’un ancien du club

Fondateur de l’A.D.K., Patrick Bolle, enseignant depuis 27 ans et titulaire du grade de 5ᵉ dan, nous rappelait à l’occasion d’une présentation : trois valeurs sont toujours présentes comme socle du kyūdō : la beauté, la vérité et la vertu.

Aujourd’hui, le kyūdō se pratique avant tout comme une méthode de développement physique, moral et spirituel.

Vaste programme, dont l’accès n’est pas facile à mes yeux. Si la beauté qui émane de la pratique du kyūdō est évidente, la découverte de la vérité et de la vertu demande, pour ma part, un travail personnel long et exigeant.

Tout commence, me semble-t-il, par le respect : en plus du respect des enseignants et des participants, j’ai découvert le respect de l’espace et des objets — le dōjō (lieu de pratique), la cible, l’arc et ses flèches. On tient l’arc avec délicatesse, comme si l’on tenait, dans la pêche au cormoran, le cou de l’oiseau sans l’étouffer ! Une fois dans le dōjō, je suis dans un monde à part et rien que la marche, exécutée par glissement sur le sol, contribue à cette sensation, éliminant tout bavardage pendant la pratique.

Le hasard a fait que j’ai découvert le kyūdō à soixante-dix-huit ans. Même s’il n’y a pas d’âge pour pratiquer cet art, j’aurais souhaité commencer plus jeune.

Ceci étant, la pratique du kyūdō, même de façon très imparfaite, m’apporte beaucoup : relaxation, équilibre et prise de conscience du lien qui existe entre le corps et la terre. En effet, dans les postures du tir, on observe à plusieurs reprises une ligne verticale croisant une ligne horizontale, en harmonie avec certaines parties du corps et celles de l’arc.

Il m’arrive encore, après plusieurs années de pratique, de me dire avec satisfaction : « Tiens, la flèche est au centre de la cible », au lieu de me poser la question : « Quelle était ton attitude ? » Car finalement, la flèche dans la cible n’est rien : elle n’est que le résultat de l’harmonie du tireur entre le ciel et la terre. À mes yeux, le kyūdō est bien une voie de recherche personnelle, qui conduit à se défaire du côté négatif de son ego.

Autre aspect, et non des moindres : le travail en équipe. À mes yeux, il est l’aboutissement de notre travail personnel. C’est à trois ou cinq que nous effectuons des tirs à vingt-huit mètres, dans le cadre d’une savante « chorégraphie » : le sharei. En plus d’un spectacle d’une grande beauté, il représente véritablement l’esprit du kyūdō tel qu’il se pratique au sein de l’Association Dauphinoise de Kyūdō Grenoble.

Jean Guédy
Ancien président de l’A.D.K.
Membre d’honneur
25 janvier 2016