Une seule fois !

On entend régulièrement, dans les anecdotes relatées par des pratiquants d’arts martiaux, les difficultés rencontrées pour accéder à des voies de transmission authentiques. Beaucoup d’obstacles se dressent : le « paravent » culturel dont l’exotisme fascine tant, laissant l’essentiel dans l’ombre ; la profusion d’imposteurs plus intéressés par le consumérisme et leur propre valorisation… Un autre obstacle auquel se heurtent les pratiquants est la pédagogie employée par les maîtres. Ils montrent rarement, et souvent une seule fois lors de leurs rares passages. L’obstacle réside-t-il dans leur pédagogie ou dans notre attitude inadaptée face à un procédé qui nous est totalement étranger ? Quelle est donc la raison profonde de ce procédé que certains qualifient de sectaire, voire de désuet ?

L’Occident a choisi la prépondérance de la pensée pour aborder le réel : les théories succèdent aux théories, la pensée se complexifie toujours davantage, s’affine mais reste impuissante à pénétrer l’instant. Nous nous imposons des objectifs toujours plus lointains et l’apprentissage s’envisage sur le long terme. Ce qui ne vient pas aujourd’hui viendra demain. La pratique devient alors une mécanique sclérosée par l’habitude, et la conscience perd sa vivacité. La qualité (parfois associée à la performance du but atteint) est recherchée par la quantité, par l’inlassable répétition de gestes sans vie, souvent mal compris, dans lesquels nous engageons si peu de nous-mêmes. Certes, il faut répéter, mais pas n’importe comment.

Quand le maître ne montre qu’une seule fois, il nous faut investir l’instant avec intensité. Il faut mobiliser une qualité d’être accrue. Le tout de nous-mêmes (voire un soupçon de plus) doit être en éveil… pas de place pour la somnolence ou la spéculation. Le tout de nous-mêmes, mais avec un moindre JE. Nous devons faire appel à une détermination féroce alliée à la détente d’une patience sans but… pas de performance à rechercher, pas de jugement de valeur, pas de justification fallacieuse… juste l’instant vivant !

Le mystère du tir ne s’atteint pas par la volonté. Quand tout est en place, il s’invite à notre insu !

P. M.